{"id":511,"date":"2007-11-26T11:35:00","date_gmt":"2007-11-26T11:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/LOLA\/presse\/2007\/11\/commentaires-sur-rue89\/"},"modified":"2007-11-26T11:35:00","modified_gmt":"2007-11-26T11:35:00","slug":"commentaires-sur-rue89","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/?p=511","title":{"rendered":"Rue89"},"content":{"rendered":"<div class=\"articlebody\" itemprop=\"articleBody\">\n<h1><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Lola Lafon ou la contre-narration r\u00e9ussie<\/strong><\/span><\/h1>\n<p><em>Par Hubert Artus<\/em><\/p>\n<p>Lola Lafon est chanteuse et compositrice (avec le groupe Leva, qui pr\u00e9pare un nouvel album), mais aussi romanci\u00e8re. A la rentr\u00e9e derni\u00e8re paraissait \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb , comme une suite th\u00e9matique et une hausse de niveau litt\u00e9raire par rapport \u00e0 sa \u00bb Fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier \u00bb parue en 2003. Le Cabinet de lecture s&rsquo;occupe enfin de ce roman, un de ses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de la rentr\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous vous l&rsquo;avions pr\u00e9sent\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de la rentr\u00e9e et il convient d&rsquo;y revenir ici. \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb s&rsquo;inscrit en plein dans ce qui agite la jeune fiction fran\u00e7aise, comme l&rsquo;avait prouv\u00e9 cette rentr\u00e9e : la question du r\u00e9el, comme background, comme personnage. Et le roman comme m\u00e9taphore de l&rsquo;esprit et du monde des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>Un roman qui voudrait un tant soit peu participer de l&rsquo;\u00e9cho du monde, de nos jours, parlera d&rsquo;errance, de la disparition des identit\u00e9s, de l&rsquo;impossibilit\u00e9 du travail, de l&rsquo;argent qui dispara\u00eet chez beaucoup pour aller dans la poche de peu. De la mutation de notre rapport au politique, fait d&rsquo;agissements plus que de vote. D&rsquo;un monde o\u00f9 des micro-\u00e9v\u00e8nements forment une nouvelle agora. Ce qui, \u00e9videmment, pour des romanciers, n&rsquo;est pas une mince affaire. Le roman des ann\u00e9es 2000, celui qui d\u00e9focalise et qui invente un autre monde possible, est le roman de la contre-narration. Entre utopie, r\u00e9el et r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Une fiction en plein dans son temps<\/p>\n<p>\u00bb Dr\u00f4le de rage \u00bb , chante Lola Lafon dans le dernier album de son groupe ( \u00bb Grandir \u00e0 l&rsquo;envers de rien \u00bb , 2006), o\u00f9 un couplet signale que \u00bb la m\u00e9moire est un sport de combat \u00bb . C&rsquo;est exactement ce qui est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, dans \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb . La narratrice, la jeune Emylina, s&rsquo;est jur\u00e9 de ne rien oublier. Ni son p\u00e8re mort d&rsquo;un cancer, ni son oncle tu\u00e9 par la police dans les ann\u00e9es 80, ni son grand-oncle, d\u00e9port\u00e9 durant la guerre. Pour rester vivante dans une \u00e9poque de propagandes guerri\u00e8res (financi\u00e8res ou militaires), Emylina sait tr\u00e8s bien qu&rsquo;elle doit \u00eatre habit\u00e9e par l&rsquo;Histoire, donc la consigner. Aussi, pour \u00eatre s\u00fbre de ne pas oublier, elle note, inlassablement, des mots ( \u00bb d\u00e9gag\u00e9 \u00bb , \u00bb rapports amoureux \u00bb , \u00bb jamais \u00bb , \u00bb No\u00ebl \u00bb ,\u2026) qu&rsquo;elle classe dans son cahier \u00bb \u00c0 Ne Pas Oublier \u00bb .<\/p>\n<p>N\u00e9e en Roumanie sous Ceausescu, paum\u00e9e dans la France qui l&rsquo;a recueillie, elle revit gr\u00e2ce \u00e0 un coup de foudre pour une jeune femme italienne. Qui dispara\u00eet brutalement, alors qu&rsquo;un meurtre est commis dans le caf\u00e9 o\u00f9 elle travaillait, dont le patron \u00e9tait un exploiteur. Emylina part \u00e0 sa recherche. La voici, nous voici, dans une qu\u00eate qui lui fera croiser des personnages vivants et des souvenirs. Evidemment, elle fera des rencontres impr\u00e9vues. Essentielles et formatrices.<\/p>\n<p>\u00bb De \u00e7a je me console \u00bb est, r\u00e9ellement, un roman-monde car il encha\u00eene les sc\u00e8nes et les pistes, et soul\u00e8ve plus de questions qu&rsquo;il n&rsquo;apporte de r\u00e9ponses. C&rsquo;est la mise en fiction d&rsquo;une r\u00e9volt\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p>Qu\u00eate d&rsquo;un personnage, identification, une enqu\u00eate comme m\u00e9taphore de la qu\u00eate du monde. \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb aurait pu \u00eatre un polar. Le livre restitue le monde : question de g\u00e9n\u00e9rations, la France pr\u00e9-Sarkozy, les bobos (appel\u00e9s ici les \u00bb Presque Morts affol\u00e9s d&rsquo;\u00eatre encore vivants \u00bb , la France dans l&rsquo;Europe et dans le monde). \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb , s&rsquo;il contient des sc\u00e8nes qui n&rsquo;ont rien d&rsquo;indispensable et rel\u00e2chent parfois le style, descend en exploration dans le monde qu&rsquo;on nous propose. C&rsquo;est un roman qui cartographie les rep\u00e8res, temporels et culturels, psychiques et politiques, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration qui refuse de vivre \u00e0 plein dans la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Emylina vit dans une pr\u00e9carit\u00e9 sociale volontaire, et sa voix cherche le sens du r\u00e9el dans le futur que pr\u00e9pare le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>\u00bb Inspir\u00e9 de faits r\u00e9els \u00bb<\/p>\n<p>Ce deuxi\u00e8me roman de Lola Lafon est un m\u00e9lange de qu\u00eates. Pour ce faire, il doit accorder plusieurs niveaux d&rsquo;histoires, et si possible de formes litt\u00e9raires. Aussi, le roman est une ronde de formes et de fragments qui se chevauchent, un peu comme en canon. Narration pure, extraits du cahier de notre narratrice, r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires (on cite beaucoup John Irving et \u00bb L&rsquo;h\u00f4tel du New Hampshire \u00bb , ici), mais aussi, plus tard, un roman dans le roman. Car Emylina se lance dans l\u00ab \u00e9criture, pour restituer le parcours d&rsquo;un personnage crois\u00e9, afin que sa m\u00e9moire \u00e0 lui aussi puisse para\u00eetre. C&rsquo;est \u00e0 ce moment que \u00bb De \u00e7a je me console \u00bb acc\u00e8de au niveau de sens, de myst\u00e8re litt\u00e9raire et d&rsquo;\u00e9motion qui sied \u00e0 son entreprise. Un roman o\u00f9 l&rsquo;obsession du personnage rejoint clairement celle de l&rsquo;auteur : l&rsquo;obsession des mots et de la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Le livre \u2013de Lola Lafon, comme d&rsquo;Emylina- devient non seulement une mise en ab\u00eeme de lui-m\u00eame, mais surtout une r\u00e9flexion sur la repr\u00e9sentation du r\u00e9el en fiction litt\u00e9raire. Comment repr\u00e9senter le r\u00e9el dans un monde o\u00f9 le \u00bb storytelling \u00bb gagne du terrain, o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision l&#8217;emporte sur le roman dans l&rsquo;imaginaire collectif ? Emilyna :<\/p>\n<p>\u00bb Ce roman \u00e9tait-il un roman ? Ces endroits libres dont je parlais, ces gens, est-ce qu&rsquo;ils existaient ? [\u2026] Ce roman est vrai parce qu&rsquo;il contient des personnes vivantes. Mais je ne suis pas l&rsquo;auteur des acte que je d\u00e9cris. Pas plus qu&rsquo;on est tout \u00e0 fait l&rsquo;auteur de ce qu&rsquo;on pense.<\/p>\n<p>\u00bb Les livres se vantent de ne plus raconter d&rsquo;histoires, on m&rsquo;affirme que ce qui est \u00e9crit est vrai et inspir\u00e9 de faits r\u00e9els semble \u00eatre devenu une caution de qualit\u00e9 plus importante qu&rsquo;une histoire. [\u2026] Depuis des ann\u00e9es, le monde tel qu&rsquo;on me le pr\u00e9sente ressemble \u00e0 une histoire inspir\u00e9e de faits r\u00e9els \u00e0 laquelle je n&rsquo;arrive pas \u00e0 croire, ni \u00e0 participer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00bb On ne na\u00eet pas vivant on le devient \u00bb , \u00bb Nous sommes toujours les enfants des mots que nous aimons\u2026 \u00bb , a-t-elle \u00e9crit avant. Scrutant le pouvoir des mots dans le r\u00e9el de notre \u00e9poque, le roman de Lola Lafon est bien moins innocent qu&rsquo;une simple qu\u00eate dans la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Cette aventure dans \u00bb l&rsquo;espace du d\u00e9sordre \u00bb , o\u00f9 Lola Lafon mixe les formes et interpelle sans cesse le lecteur contemporain, participe, dans la rentr\u00e9e litt\u00e9raire de septembre, \u00e0 la r\u00e9flexion de certains jeunes auteurs fran\u00e7ais, \u00e0 commencer par Fran\u00e7ois B\u00e9gaudeau. Avec eux, comme \u00e9galement avec Chlo\u00e9 Delaume, Arno Bertina et bien d&rsquo;autres que l&rsquo;on retrouve dans la revue Inculte, aux Eds Verticales, Flammarion, Gallimard, Allia, Stock, Actes Sud, on assiste \u00e0 un rehaussement du r\u00e9el non seulement comme sujet, mais comme axe de d\u00e9fiscalisation en fiction. C&rsquo;est ici une tr\u00e8s bonne nouvelle.<\/p>\n<p>Dans cet \u00e9lan, la rage acidul\u00e9e et po\u00e9tique de Lola Lafon est aussi empreinte d&rsquo;une notion de classe sociale, d&rsquo;un v\u00e9cu que l&rsquo;on sent militant (Leva s&rsquo;inscrit en partie dans un r\u00e9seau underground et militant parisien, qui tourne autour des squats, de l&rsquo;extr\u00eame-gauche et des milieux anars, \u00e0 l&rsquo;instar de la Brigada Flores Magon ou du tr\u00e8s actif Fred Alpi).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sources Internet : <a title=\"rue89\" href=\"http:\/\/www.rue89.com\/cabinet-de-lecture\/lola-lafon-ou-la-contre-narration-reussie\" target=\"_blank\">http:\/\/www.rue89.com\/cabinet-de-lecture\/lola-lafon-ou-la-contre-narration-reussie<\/a><\/p>\n<div style=\"clear: both;\"><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u2026 <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/?p=511\">Lire<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12,2,4],"tags":[28,30,47,107,64,90],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/511"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=511"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/511\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}