{"id":483,"date":"2003-08-19T11:04:00","date_gmt":"2003-08-19T11:04:00","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/LOLA\/presse\/2003\/08\/commentaires-sur-liberation-2\/"},"modified":"2003-08-19T11:04:00","modified_gmt":"2003-08-19T11:04:00","slug":"commentaires-sur-liberation-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/?p=483","title":{"rendered":"Lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<div class=\"articlebody\" itemprop=\"articleBody\">\n<h1><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Poing de rupture<\/strong><\/span><\/h1>\n<p><strong><em>Lola Lafon, 29 ans, rockeuse, auteure d&rsquo;un roman qui tient du manifeste g\u00e9n\u00e9rationnel et du manuel de gu\u00e9rilla urbaine.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Par ST\u00c9PHANIE BINET <\/em><\/p>\n<p>La d\u00e9gaine un peu d\u00e9pass\u00e9e de chanteuse de rock alternatif, la frange coup\u00e9e \u00e0 la naissance du front, Lola Lafon porte une \u00e9toile noire sur son T-shirt. Celle de son collectif autonome, les Etoiles Noires Express, qui milite sans concessions \u00abcontre ceux qui cassent les vies\u00bb. Ils se font embaucher pour ralentir les cadences dans les McDo, mettent en sc\u00e8ne les expulsions de clandestins dans les agences des compagnies a\u00e9riennes&#8230; A chaque contre-sommet du G8, Lola et ses &#8230;toiles forment des \u00abblack block\u00bb, une tactique de manifestation violente cr\u00e9\u00e9e par des militants radicaux allemands dans les ann\u00e9es 80. Habill\u00e9s en noir, ils avancent au milieu la foule en mur compact pour faire face aux forces de l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a, Lola Lafon le raconte dans son premier roman, Une Fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier, \u00e0 mi-chemin entre le manifeste d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration, un manuel de gu\u00e9rilla urbaine et le mode d&#8217;emploi de la survie apr\u00e8s un viol. Dans le roman, Lola-Landra est danseuse, a v\u00e9cu en Roumanie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, \u00e9crit des chansons \u00e0 son retour en France et se fait violer par un employ\u00e9 d&rsquo;une maison de disques. Landra, \u00abqui ne veut pas mourir mais qui n&rsquo;arrive plus \u00e0 vivre\u00bb, se rend \u00e0 un rassemblement apr\u00e8s avoir lu une affiche : \u00abLa r\u00e9signation est un suicide quotidien\u00bb. L\u00e0, ses nouveaux copains brisent une vitrine du g\u00e9ant am\u00e9ricain Gap. S&rsquo;ensuit une plong\u00e9e dans les milieux autonomes. Un livre autobiographique qui flirte avec la fiction pour mieux dig\u00e9rer sa propre histoire.<\/p>\n<p>Lola aussi a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e un 14 septembre mais ne veut pas pr\u00e9ciser l&rsquo;ann\u00e9e, tout comme la date exacte de sa naissance. Elle veut rester \u00abtransparente, dispara\u00eetre, pour pouvoir continuer [ses] actions militantes\u00bb, dit-elle. Lola Lafon n&rsquo;est pas un pseudonyme et elle ne cache pas son visage pour faire la promotion de son roman-pamphlet anticapitaliste (\u00abLe v\u00e9ritable nom des altermondialistes, mais il fait peur\u00bb). Elle veut savoir combien de personnes sont atteintes par la fi\u00e8vre : \u00abAujourd&rsquo;hui, des jeunes entre 16 et 25 ans m&rsquo;\u00e9crivent : \u00ab\u00a0C&rsquo;est exactement ce que je pense, je suis moins seul.\u00a0\u00bb C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit dans lequel j&rsquo;ai \u00e9crit : le sentiment d&rsquo;\u00eatre isol\u00e9e et en m\u00eame temps d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s banale. Il existe une g\u00e9n\u00e9ration de contre-culture, une majorit\u00e9 silencieuse qui n&rsquo;a pas le choix, pas d&rsquo;id\u00e9al, mais qui va moins se vautrer que tous ceux qui ont cru dans un truc tr\u00e8s fort , lequel s&rsquo;est finalement \u00e9croul\u00e9. On n&rsquo;a pas de projet de soci\u00e9t\u00e9 mais il va falloir trouver une autre mani\u00e8re d&rsquo;exister.\u00bb<\/p>\n<p>Fascin\u00e9 par l&rsquo;organisation des autonomes, Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, son \u00e9diteur et jet-setter, reconna\u00eet que la g\u00e9n\u00e9ration de Lola est plus id\u00e9aliste que la sienne : \u00abNous, on est probablement all\u00e9s trop loin dans la rigolade avec les Guignols. Celle d&rsquo;apr\u00e8s a compris que c&rsquo;\u00e9tait une impasse. \u00c0 force de rire de tout, on ne change rien, on devient immobile et l\u00e2che. Souvent, le cynisme, c&rsquo;est une mani\u00e8re de se r\u00e9fugier, d&rsquo;accepter le monde tel qu&rsquo;il est avec un sourire en coin, pour avoir l&rsquo;air sup\u00e9rieur. Cependant, on ne peut pas ricaner quand on envoie un cocktail Molotov.\u00bb<\/p>\n<p>Dans son roman, Lola Lafon r\u00e9p\u00e8te comme un refrain \u00abJ&rsquo;en sais maintenant des choses pour une jeune\u00bb. Elle explique : \u00abSi tu es un peu lucide et que tu regardes ce qui se passe autour de toi, c&rsquo;est vachement dur de vivre dans ce monde. Soit tu collabores \u00e0 ce qu&rsquo;il y a de pire et tu construis ton bonheur sur le malheur de 80 % de la plan\u00e8te, soit tu refuses.\u00bb<\/p>\n<p>Lola grandit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adolescence dans la Roumanie des Ceausescu. Ses parents, communistes fran\u00e7ais, sont lecteurs \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Bucarest, le p\u00e8re est sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature des Lumi\u00e8res. Jeanne et Henri Lafon organisent des spectacles pour diffuser la chanson fran\u00e7aise. A la maison, on parle peu de ce qui d\u00e9range. Pour justifier ces ann\u00e9es sous la dictature, Lola imagine dans son roman ses parents espions. Elle cultive les zones d&rsquo;ombre. Son p\u00e8re aussi : \u00abNous \u00e9tions communistes mais nous aidions des gens qui \u00e9taient plut\u00f4t anticommunistes. Nos amis roumains nous demandaient r\u00e9guli\u00e8rement de quel c\u00f4t\u00e9 nous \u00e9tions. Nous faisions notre travail de professeurs. Lola a v\u00e9cu une situation complexe, ambigu\u00eb.\u00bb<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 80, ils reviennent en France, d\u00e9senchant\u00e9s par \u00abun communisme dogmatique, dess\u00e9ch\u00e9\u00bb et assistent \u00abhallucin\u00e9s\u00bb, se rappelle Lola, \u00e0 la chute de Ceausescu devant la t\u00e9l\u00e9 : \u00abPour moi, c&rsquo;\u00e9tait un monde qui n&rsquo;allait jamais bouger. Trente ans sans \u00eatre discut\u00e9: on le conspue, son visage se fige, il b\u00e9gaie. Longtemps, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 hant\u00e9 par cette image.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu dans un pays communiste, on l&rsquo;imaginerait lib\u00e9rale, pourtant l&rsquo;exc\u00e8s de libert\u00e9 ne lui pla\u00eet pas : \u00abAu lyc\u00e9e, en France, plus rien ne tenait debout pour moi. Le communisme de mes parents ne pouvait plus d\u00e9fendre quoi que ce soit. Il n&rsquo;y avait rien devant, c&rsquo;\u00e9tait no future. La libert\u00e9 des pays capitalistes, je me suis assez vite rendu compte que c&rsquo;\u00e9tait bidon, il y avait le pouvoir du porte-monnaie, c&rsquo;est tout. Les premiers SDF que j&rsquo;ai vus, c&rsquo;\u00e9tait en France. Je ne comprends pas les Galeries Lafayette et un clochard dehors.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son bac option danse, elle s&rsquo;inscrit \u00e0 la Sorbonne, en anglais, \u00abcomme \u00e7a, je n&rsquo;aurai pas trop \u00e0 travailler\u00bb. Au bout d&rsquo;un an, elle est fille au pair \u00e0 New York et passe six mois dans une \u00e9cole de danse. De retour en France, elle \u00e9crit des chansons, retrouve son meil leur ami, Luis, \u00e9ducateur de rue. \u00abLe courant passait tr\u00e8s bien entre elle et les jeunes, raconte-t-il. Comme Lola, ils sont en rupture de la soci\u00e9t\u00e9. Ces jeunes qui sont \u00e0 la rue ont une conscience aigu\u00eb de la place qu&rsquo;on leur r\u00e9serve.\u00bb \u00abLola s&rsquo;ennuyait dans ce qu&rsquo;on lui proposait, rench\u00e9rit son p\u00e8re. Elle a toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Et puis, un 14 septembre, c&rsquo;est le drame. Un homme de son entourage la viole. Elle ne va pas chez le m\u00e9decin, ne porte pas plainte, la peur de ne pas \u00eatre crue&#8230; Elle se mure dans le silence et plonge dans l&rsquo;univers des squats et des milieux autonomes. Pour Lola, un engagement politique qui n&rsquo;est pas reli\u00e9 \u00e0 quelque chose d&rsquo;humain fait du militant \u00abun simple soldat et c&rsquo;est terrifiant\u00bb. Dans le livre, le viol a un sens politique : \u00abC&rsquo;est le stade ultime du fascisme. Une fois que Landra a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e comme un objet, qu&rsquo;elle sait ce que c&rsquo;est d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 humili\u00e9e, d&rsquo;\u00eatre dans la peau de celui ou celle qui est \u00e0 genoux. Le seul repos qu&rsquo;elle pourra trouver, c&rsquo;est avec des gens dont elle est s\u00fbre, qui combattent \u00e7a.\u00bb Le fascisme, les violeurs, les briseurs d&rsquo;utopie, les casseurs de r\u00eave&#8230; de vie.<\/p>\n<p>Dans le civil, Lola avance en \u00abblack block\u00bb : \u00abJe ne suis pas couple, je suis groupe.\u00bb Elle a quitt\u00e9 les squats pour vivre en colocation avec les musiciens de Leva, son groupe de rock balkanique. \u00abTout seul, la r\u00e8gle du jeu est compl\u00e8tement monstrueuse. Le monde est en pierre, il est trop dur.\u00bb Vouloir se prot\u00e9ger des r\u00e8gles, c&rsquo;est aussi reconna\u00eetre qu&rsquo;elles existent. Les refuser d&rsquo;abord, les changer ensuite, c&rsquo;est mieux. Pendant ses concerts avec Leva, Lola Lafon lit des passages de son livre. Elle veut contaminer le monde de sa fi\u00e8vre : \u00abMes mots se baladent chez des milliers de gens qui me renvoient leur similitude. C&rsquo;est beau. \u00c7a calme.\u00bb La fi\u00e8vre, c&rsquo;est contagieux et \u00e7a se soigne.<\/p>\n<p>LOLA LAFON EN 5 DATES<\/p>\n<p>Janvier 1974: Naissance dans le Nord, o\u00f9 ses parents sont enseignants.<br \/>\n1995: D\u00e9but de son activit\u00e9 militante. Premi\u00e8res manifestations contre le CIP (le \u00abSmic-jeunes\u00bb).<br \/>\n1998: \u00abNRV\u00bb, revue de Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, publie sa nouvelle \u00abNe m&rsquo;aime pas\u00bb. Elle entre dans un groupe de paroles apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un viol.<br \/>\nF\u00e9vrier 2003: \u00abUne fi\u00e8vre impossible \u00e0 n\u00e9gocier\u00bb (Flammarion).<br \/>\nAo\u00fbt 2003: Enregistre la bande originale du livre avec son groupe de rock, Leva.<\/p>\n<div style=\"clear: both;\"><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u2026 <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/?p=483\">Lire<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,7,10],"tags":[59,64,80,109,97],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/483"}],"collection":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=483"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/483\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/presse\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}