{"id":603,"date":"2008-09-25T09:49:53","date_gmt":"2008-09-25T08:49:53","guid":{"rendered":"http:\/\/levaweb.free.fr\/wordpress\/?p=166"},"modified":"2008-09-25T09:49:53","modified_gmt":"2008-09-25T08:49:53","slug":"fantaisie-litteraire-le-texte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lolalafon.toile-libre.org\/blog\/?p=603","title":{"rendered":"FANTAISIE LITTERAIRE, LE TEXTE."},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">FANTAISIE LITTERAIRE<o :p><\/o><\/span><\/strong><strong><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\"><o :p>\u00a0<\/o><\/span><\/strong><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Dans quelle langue \u00e9crire quand \u00ab\u00a0langue maternelle\u00a0\u00bb se d\u00e9cline au pluriel? Laquelle choisir\u00a0pour lire ? Celle des pens\u00e9es conscientes, de la vie quotidienne, celle des r\u00eaves, celle des souvenirs\u00a0? <\/span><span style=\"font-family: 'Georgia','serif'\"><o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Depuis ma naissance, les mots me parlent bulgare, roumain et fran\u00e7ais. Et j\u2019aime \u00e0 imaginer que, par ce hasard apatride, leur sens a tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 intimement li\u00e9 pour moi \u00e0 leur son, comme diff\u00e9rentes musiques imitables, comparables. Pour cette raison peut-\u00eatre, mes souvenirs importants de lecture\u00a0sont li\u00e9s \u00e0 la musique; que celle-ci ait \u00e9t\u00e9 la bande-son de l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle j\u2019ai d\u00e9couvert certains livres (Jeff Buckley et Musset), ou plus directement encore, pour Patti Smith qui citait Rimbaud au dos de \u00ab\u00a0Horses\u00a0\u00bb, album que j\u2019ai longtemps \u00e9cout\u00e9 en boucle.<span>\u00a0 <\/span><o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Passer indiff\u00e9remment d\u2019une langue, d\u2019une rythmique \u00e0 l\u2019autre, ne pas choisir, comme je ne choisis pas entre l\u2019\u00e9criture romanesque et les chansons. Il s\u2019agit toujours d\u2019ouvrir grand les bras quand les mots frappent. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Il me semble parfois que les mots contiennent en eux leur forme future, certains paraissent faits pour \u00eatre mis en musique, d\u2019autres se racontent en romans. Puis, les mots me contredisent et se laissent d\u00e9couper en paroles de chansons quand ils sont devenus romans\u2026<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\"><o :p>\u00a0<\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">J\u2019\u00e9cris pour prendre note de ce qui est en train de se vivre pendant que j\u2019\u00e9cris. J\u2019\u00e9cris pour fouiller le vivant,<span> p<\/span>our ne pas \u00eatre renvers\u00e9e par le reste.<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Toutes les traces, les signes de vie nourrissent l\u2019envie d\u2019\u00e9crire. Les mots des autres, bien entendu, mais aussi ce qui est inscrit dans le timbre d\u2019une voix, et la Danse, l\u2019\u00e9criture chor\u00e9graphique de William Forsythe par exemple, la fa\u00e7on dont il paraphe l\u2019espace de ses danseurs rapides.<em><o :p><\/o><\/em><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Ouvrir la bouche pour chanter comporte la m\u00eame part d\u2019impr\u00e9vu que prendre un stylo : le son, comme l\u2019imagination, est li\u00e9 \u00e0 l\u2019humeur, au temps qu\u2019il fait, aux r\u00eaves de la nuit, aux exercices effectu\u00e9s les semaines pr\u00e9c\u00e9dentes. On se joue des mots, on laisse filer les syllabes, on travaille leur moelleux, on les \u00e9tire pour les murmurer ou les scander, ou au contraire, on appuie une consonne, on \u00f4te une virgule et l\u2019ambiance d\u2019une phrase en est chang\u00e9e. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">On r\u00e9p\u00e8te, on r\u00e9\u00e9crit un texte, on d\u00e9sire le r\u00e9interpr\u00e9ter inlassablement quand il est l\u2019histoire d\u2019\u00e9motions inclassables et changeantes.<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\"><span>\u00a0<\/span>J\u2019ai trouv\u00e9 cette histoire l\u00e0 dans\u00a0<em>Cercle<\/em> de Yannick Haenel. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Je savais qu\u2019il y \u00e9tait question de Pina Bausch, et<span> le fait d\u2019avoir pass\u00e9 une partie de ma vie dans la Danse comme interpr\u00e8te m\u2019a certainement donn\u00e9 envie de <\/span>voir comment un \u00ab\u00a0non-danseur\u00a0\u00bb \u00e9crirait ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment n\u2019a pas besoin du mot, puisqu\u2019\u00eatre danseuse c\u2019est exp\u00e9rimenter la privation volontaire des mots, y renoncer, les rendre inutiles.<span>\u00a0\u00a0 <\/span><o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Non seulement Yannick Haenel \u00e9crit la Danse<span> et sa routine de sauvageries quotidiennes,<\/span> ses r\u00e9p\u00e9titions, la fatigue des corps acharn\u00e9s \u00e0 scruter leurs insuffisances chaque matin dans un miroir, mais, plus encore, dans <em>Cercle<\/em>, c\u2019est lui le danseur, c\u2019est lui qui traverse l\u2019espace en diagonale, puis, face public, qui ma\u00eetrise son souffle pour acc\u00e9l\u00e9rer et terminer sur un tour en l\u2019air. Ce roman s\u2019empare du r\u00e9el, le pi\u00e9tine gracieusement en tra\u00e7ant des arabesques. <em>Cercle<\/em> ondule, embrasse toutes les formes, il scrute les signes de vie puisqu\u2019il s\u2019agit avant tout de \u00ab\u00a0reprendre vie\u00a0\u00bb. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">\u00ab\u00a0Reprendre vie\u00a0\u00bb pour nous, endormis \u00e0 nos possibilit\u00e9s d\u2019existence de grands vivants, et aussi, peut-\u00eatre, reprendre nos vies \u00e0 ce et ceux qui la transforment en banale survie. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Extraire une chanson de ce roman c\u2019\u00e9tait entrer dans ce <em>Cercle<\/em> sans trop d\u00e9ranger tout en ne restant pas spectatrice, y trouver une place. S\u2019abandonner au r\u00e9cit et en chanter quelques images, comme une r\u00eaverie \u00e0 voix haute.<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Pour d\u00e9couper\u00a0<em>Cercle<\/em>, je l\u2019ai relu \u00e0 une vitesse \u00ab\u00a0anormale\u00a0\u00bb en une journ\u00e9e en relevant les phrases qui m\u2019arr\u00eataient, comme ce leitmotiv-refrain\u00a0\u00ab\u00a0il est 8h07\u00a0\u00bb qui parcourt le roman. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">En ne tenant pas compte de la chronologie, j\u2019ai eu parfois l\u2019impression de faire dire ce que je souhaitais \u00e0 ce texte\u2026 Maltraiter doucement un r\u00e9cit en l\u2019ordonnant d\u2019une autre fa\u00e7on est troublant parce que, sans le savoir, en rapprochant une phrase d\u2019une autre,\u00a0je suis peut-\u00eatre proche d\u2019un moment du travail de Yannick Haenel, d\u2019une version ant\u00e9rieure du roman. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\"><o :p>\u00a0<\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de d\u00e9couper plusieurs textes pour en faire une seule chanson, de glisser quelques vers d\u2019Yves Bonnefoy entre deux phrases de Virginia Woolf, puis, Mihail Sebastian pour le refrain\u2026 A les m\u00e9langer, on s\u2019aper\u00e7oit que Musset, le Sous-Commandant Marcos et Raoul Vaneigem se r\u00e9pondent. Ces auteurs que je prive d\u2019\u00e9tat-civil pour ne garder que l\u2019essentiel, leurs mots, forment une discussion amoureuse, une valse. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Nous sommes, je crois, les enfants des livres que nous aimons. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">De Marleen Haushofer, <em>Le mur invisible<\/em>, \u00e0 Nabokov et <em>La vraie vie de<\/em> <em>Sebastian Knight<\/em> en passant par <em>Souvenirs obscurs\u00a0d\u2019un juif polonais n\u00e9 en France<\/em> de Pierre Goldman et <em>Depuis deux mille ans<\/em> de Mihail Sebastian, ces livres sont \u00ab\u00a0mes\u00a0\u00bb livres, au sens o\u00f9 je leur reviens r\u00e9guli\u00e8rement, je n\u2019en aurai jamais fini avec eux.<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Parce qu\u2019ils diss\u00e8quent nos identit\u00e9s humaines, parce qu\u2019ils demandent, parce qu\u2019ils grattent \u00e0 nos portes, qu\u2019ils irritent autant qu\u2019ils bercent et se confient. Parce que dans leurs mots, je retrouve <span>cette peur qui nous tient, \u00e0 avoir autant peur de mourir que de vivre presque morts.<o :p><\/o><\/span><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Parce que, chacun \u00e0 leur fa\u00e7on, ils continuent de refl\u00e9ter leur \u00e9poque et la n\u00f4tre, mais \u00ab pas comme un miroir &#8211; comme un bouclier\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Marina Tsvetaieva.\u00a0<o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Encercl\u00e9s, sans doute, on continuera d\u2019avancer en pointill\u00e9s dansants et nerveux, et \u00e0 chanter comme des guerriers r\u00eaveurs, \u00e0 m\u00ealer les formes, les mots, les harmonies, \u00e0 ne pas choisir la fa\u00e7on dont on trace des signes de vies, tout en choisissant toujours son camp. <o :p><\/o><\/span><span style=\n\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\">Voici Anna Livia, n\u00e9e de Yannick Haenel et de do\/sol\/la, do\/fa\/la, la\/mi\/r\u00e9. <o :p><\/o><\/span><span style=\"font-family: 'Lucida Sans','sans-serif'\"><span>\u00a0<\/span><o :p><\/o><\/span><o :p><font face=\"Times New Roman\">\u00a0<\/font><\/o><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FANTAISIE LITTERAIRE\u00a0Dans quelle langue \u00e9crire quand \u00ab\u00a0langue maternelle\u00a0\u00bb se d\u00e9cline au pluriel? 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